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Collection "Splendeur des cieux"

"J'ai souvent pensé que les aviateurs avaient soif de beauté.
Qu'ils en soient conscient ou non, les pilotes volent
pour la splendeur des cieux.
"

Amélia Earhart (Aviatrice américaine 1897-1937)


Jan TUTAJ, pilote de ligne, se présente lui-même comme pilote professionnel, artisan-pilote. Il évoque ici 35 ans d'aviation professionnelle, à travers des anecdotes vécues pendant un parcours chaotique, mais très riche humainement.

Passionné d'aviation légère, il vole régulièrement sur avion de collection, au sein d'un aéroclub toulousain.

"Cargo de nuit", de Jan Tutaj 

192 pages illustrées de dessins noir et blanc de Frédéric Dubac, 15 euros

Jan Tutaj est également l'auteur de "Artisan pilote" (dont "Cargo de nuit" est la suite), de "Contes à tire d'ailes", un recueil de contes aéronautiques, et de "Le bal des breloques", son premier roman, qui se déroule dans un cadre aéro, et dans la période troublée des années 30, alors que couve le second conflit mondial.



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Cargo de nuit, de Jan Tutaj

192 pages, dessins en noir et blanc, 15 euros.

Après "Artisan pilote", Jan Tutaj continue à raconter quelques-uns de ses innombrables souvenirs de 35 ans de carrière professionnelle.

Il y raconte entre autres un vol Paris-Dinard en ATR42 en VFR, comment sa fille, alors âgée de 8 ans, a fait un parfait OMN, pourquoi trop d'escargots au menu peut poser problème au décollage, un vol vers Saint-Petersbourg. Mais il évoque aussi, sur un ton plus sérieux ou plus grave, nos amis les mécanos, le souvenir de nos glorieux anciens disparus, ou encore le jour terrible où il a dû mettre une chemise blanche pour aller soutenir la famille d'un ami pilote qui venait de se tuer...




Ce livre est illustré de dessins noir et blanc de Frédéric Dubac, dessinateur aéronautique (qui avait déjà illustré "Le bal des breloques", le roman de Jan) :

 


Extrait :

J’arrive un dimanche après midi à Orly, en habit de lumière à galons, pour débuter une rotation vers Lannion, en ATR 72. Le temps est radieux, il y a quelques vagues nuages de beau temps qui se promènent dans le ciel. Mon copi, Olivier, vient d’arriver dans la compagnie, tout sourire et heureux de vivre. Aux OP’s on me dit que l’avion est prêt et que je peux y aller. Je fais remarquer qu’on pourrait peut-être attendre les passagers, non ?

- Tu sais pas lire, patate ? T’es en ferry !

Génial, avec un temps pareil, on va s’éclater.

- Tu sais voler en VFR, Olivier ?
- Je viens d’exploiter pendant quelques années un Piper Malibu, (c’est un gros et super monomoteur) à travers l’Europe, ça va je suis rôdé.

La question peut paraître curieuse pour les pilotes privés qui nous lisent, mais beaucoup de pilotes professionnels et de ligne ne savent pas naviguer à vue, voire même ne l’ont jamais fait ou ne s’y intéressent plus depuis longtemps. Il en est même beaucoup qui méprisent cela. Personnellement, je trouve qu’il est bon de pratiquer souvent les fondamentaux, et j’y prends un plaisir infini, et vous aurez compris j’espère depuis le temps que vous supportez mes délires, que le plaisir est et doit être indissociable du pilotage, du vol.

Nous voilà partis, et à peine la zone proche d’Orly est-elle quittée que je demande à annuler le vol IFR.

- TAT, vous confirmez ?
- Affirme, nous annulons IFR et restons en plan de vol VFR, à 1 500 pieds.
- Y’a un problème, TAT ?
- Non, on veut juste se faire plaisir en ferry flight.
- Bon vol, IFR annulé à 15.30, à la prochaine !

Nous avions tracé une route sur notre carte VFR, passant verticale un certain nombre de terrain, dont nous avions noté les fréquences radio, terrains que je connais presque tous pour les avoir pratiqués pendant mes années d’instruction de pilotes privés en région parisienne. La vitesse est maintenue en dessous de 250 nœuds (pour être honnête, on a pris 249 !) et nous voilà partis, ravis comme deux gamins, le nez collé au pare brise pour se repaître du paysage et chercher les autres avions dans le ciel, tout en écoutant les fréquences radio. Voici Dreux légèrement à notre droite, puis ensuite L’Aigle qui nous dit qu’il n’y a personne dans le circuit et qui nous demande un passage pour le plaisir des yeux. Y’a qu’à demander ma poule ! et nous voilà à 500 pieds au-dessus du terrain en battant légèrement des ailes. Remontés à 1 500 pieds, nous filons vers Argentan.

C’est magique, à cette vitesse là ! Près du sol qui défile, la nav est toute simple, les mains sur les gaz et le manche, sont détendues mais prêtes à tout. Dans 10 minutes même pas, il y aura Avranches, mais d’abord les splendides Alpes normandes avec Bagnoles, au loin à gauche et Flers là-bas à droite. La mer brille à l’horizon, Olivier est heureux comme tout.

- Je ne pensais pas refaire du VFR de sitôt
- Y’en aura d’autres j’espère.

Ca y est, les flots clapotent, là, sous nos ailes.

- T’as pas le vertige ?
- Ouais, t’as raison, on est un peu haut !

Et nous voilà, baissant légèrement le nez, laissant la vitesse filer un peu, en descente vers 300 pieds au-dessus de la mer, prenant un cap assez au large pour vivre pleinement ce vol à part. Là-bas à notre gauche, le Mont Saint-Michel avec son cloître fabuleux et sa horde de doryphores, puis Saint-Malo, et ensuite Dinard, siège technique de notre compagnie. Quelques bateaux épars, pas de vent, aucun bruit à la radio, quelques oscillations souples de temps en temps sur le manche pour s’incliner gracieusement à gauche et çà droite.


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