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Jan
TUTAJ, pilote de ligne, se présente lui-même comme
pilote professionnel, artisan-pilote. Il évoque ici 35 ans
d'aviation professionnelle, à travers des anecdotes
vécues pendant un parcours chaotique, mais très
riche humainement.
Passionné d'aviation légère, il vole
régulièrement sur avion de collection, au sein
d'un aéroclub toulousain.
"Cargo
de nuit", de Jan Tutaj
192 pages
illustrées de dessins noir et blanc de
Frédéric Dubac, 15 euros
Jan
Tutaj est également l'auteur de "Artisan pilote" (dont
"Cargo de nuit" est la suite), de "Contes
à tire d'ailes", un recueil de contes
aéronautiques, et de "Le
bal des breloques", son premier roman, qui se
déroule dans un cadre aéro, et dans la
période troublée des années 30, alors
que couve le second conflit mondial.
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(paiement par carte bancaire, par virement ou par
chèque), cliquer
ici.
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Cargo de
nuit, de Jan Tutaj
192 pages, dessins en noir et blanc, 15 euros.
Après "Artisan pilote", Jan Tutaj continue à
raconter quelques-uns de ses innombrables souvenirs de 35 ans de
carrière professionnelle.
Il y
raconte entre autres un
vol Paris-Dinard en ATR42 en VFR, comment sa fille, alors
âgée de 8 ans, a fait un parfait OMN, pourquoi
trop d'escargots au menu peut poser problème au
décollage, un vol vers Saint-Petersbourg. Mais il
évoque aussi, sur un ton plus sérieux ou plus
grave, nos amis les mécanos, le souvenir de nos glorieux
anciens disparus, ou encore le jour terrible où il a
dû mettre une chemise blanche pour aller soutenir la famille
d'un ami pilote qui venait de se tuer...
Ce livre est illustré de dessins noir et blanc de
Frédéric Dubac, dessinateur
aéronautique (qui avait déjà
illustré "Le bal des breloques", le roman de Jan) :
Extrait
:
J’arrive
un dimanche après midi à Orly,
en habit de lumière à galons, pour
débuter une rotation vers Lannion, en ATR 72. Le temps est
radieux, il y a quelques vagues nuages de beau temps qui se
promènent dans le ciel. Mon copi, Olivier, vient
d’arriver dans la compagnie, tout sourire et heureux de
vivre. Aux OP’s on me dit que l’avion est
prêt et que je peux y aller. Je fais remarquer
qu’on pourrait peut-être attendre les passagers,
non ?
- Tu sais
pas lire, patate ? T’es en ferry !
Génial,
avec un temps pareil, on va
s’éclater.
- Tu sais
voler en VFR, Olivier ?
- Je
viens d’exploiter pendant quelques
années un Piper Malibu, (c’est un gros et super
monomoteur) à travers l’Europe, ça va
je suis rôdé.
La question peut
paraître curieuse pour les pilotes
privés qui nous lisent, mais beaucoup de pilotes
professionnels et de ligne ne savent pas naviguer à vue,
voire même ne l’ont jamais fait ou ne s’y
intéressent plus depuis longtemps. Il en est même
beaucoup qui méprisent cela. Personnellement, je trouve
qu’il est bon de pratiquer souvent les fondamentaux, et
j’y prends un plaisir infini, et vous aurez compris
j’espère depuis le temps que vous supportez mes
délires, que le plaisir est et doit être
indissociable du pilotage, du vol.
Nous
voilà partis, et à peine la zone proche
d’Orly est-elle quittée que je demande
à annuler le vol IFR.
- TAT,
vous confirmez ?
- Affirme,
nous annulons IFR et restons en plan de vol VFR,
à 1 500 pieds.
- Y’a
un problème, TAT ?
- Non, on
veut juste se faire plaisir en ferry flight.
- Bon
vol, IFR annulé à 15.30,
à la prochaine !
Nous avions
tracé une route sur notre carte VFR, passant
verticale un certain nombre de terrain, dont nous avions
noté les fréquences radio, terrains que je
connais presque tous pour les avoir pratiqués pendant mes
années d’instruction de pilotes privés
en région parisienne. La vitesse est maintenue en dessous de
250 nœuds (pour être honnête, on a pris
249 !) et nous voilà partis, ravis comme deux
gamins, le nez collé au pare brise pour se
repaître du paysage et chercher les autres avions dans le
ciel, tout en écoutant les fréquences radio.
Voici Dreux légèrement à notre droite,
puis ensuite L’Aigle qui nous dit qu’il
n’y a personne dans le circuit et qui nous demande un passage
pour le plaisir des yeux. Y’a qu’à
demander ma poule ! et nous voilà à 500
pieds au-dessus du terrain en battant légèrement
des ailes. Remontés à 1 500 pieds, nous
filons vers Argentan.
C’est
magique, à cette vitesse
là ! Près du sol qui défile,
la nav est toute simple, les mains sur les gaz et le manche, sont
détendues mais prêtes à tout. Dans 10
minutes même pas, il y aura Avranches, mais d’abord
les splendides Alpes normandes avec Bagnoles, au loin à
gauche et Flers là-bas à droite. La mer brille
à l’horizon, Olivier est heureux comme tout.
- Je ne
pensais pas refaire du VFR de sitôt
- Y’en
aura d’autres
j’espère.
Ca y est, les
flots clapotent, là, sous nos ailes.
- T’as
pas le vertige ?
- Ouais,
t’as raison, on est un peu haut !
Et nous
voilà, baissant légèrement le
nez, laissant la vitesse filer un peu, en descente vers 300 pieds
au-dessus de la mer, prenant un cap assez au large pour vivre
pleinement ce vol à part. Là-bas à
notre gauche, le Mont Saint-Michel avec son cloître fabuleux
et sa horde de doryphores, puis Saint-Malo, et ensuite Dinard,
siège technique de notre compagnie. Quelques bateaux
épars, pas de vent, aucun bruit à la radio,
quelques oscillations souples de temps en temps sur le manche pour
s’incliner gracieusement à gauche et
çà droite.
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(c) Editions Ankidoo - contact ankidoo.com
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