Olivier
Monnot est pilote privé.
Il raconte ses vols, depuis les vols locaux jusqu'aux navigations, à
travers la France, aux Etats-unis dans les somptueux paysages de la Sierra
Nevada ou de la Vallée de la Mort, en Afrique sur les traces des
pionniers de l'Aéropostale pendant le rallye Toulouse-Saint Louis
du Sénégal. Il se rappelle aussi de ses tours de piste sur
le mythique terrain de Saint Barthélemy, la découverte de
voltige, du saut en parachute ou encore des magiques vols en montagne…
"Le ciel est notre terrain de jeu",
de Olivier Monnot
256 pages + 8 pages de photos - 16 euros
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"3
janvier 2002. Quelque part au dessus du Nevada.
Deux Cessna, un 152 et un 172, bourrés de colibris, volent tranquillement
au niveau 120 vers la vallée de la mort.
Dans le 172, trois colibris : Emmanuel, Philippe et Jean-François.
Dans le 152, trois colibris également : Anne-Céline, moi-même
et White. Hé oui, trois dans un 152, mais on vous rassure, la réglementation
et le devis de "poids et balance", comme dirait Jeff, étaient
bien respectés. On vous expliquera plus tard.
Sur 123.45, ça papote entre les deux Cessna. Le 172 a pris un peu
d'avance. Normal. Et il demande au 152 à combien de noeuds il file
au dessus des sommets enneigés et de la couche.
- 105 noeuds, répond Anne-Céline.
Soudain, on entend sur la fréquence une voix à l'accent
québécois prononcé :
- 105 noeuds ? C'est poooo rapide, ça, c'est quouoooo comme appareiiiiiil
?
- C'est un 152
- Haaaa, un 152 ! C'est pas mal alors, 105 noeuds ! Et où vont
ces gens qui parlent français sur la fréquence ?
- Le 152 et le 172 viennent de Minden-Tahoe, et vont à Death Valley
- Minden-Tahoe ? On vient de passer au dessus, il y fait très beau
!
- Et vous, monsieur, c'est quoi comme appareil ?
Nous, on pense s'entendre répondre : "Un Bonanza" ou
"Un Saratoga", voire "Un Baron". Que nenni...
- C'est un 767 d'Air Canada !
- Et, heu, vous allez à quelle vitesse, vous ?
- 467 noeuds... heu, non, pardon... 500 noeuds, et on est au niveau 370
!
Excitation dans les Cessna. On discute un peu avec le "gros",
on se souhaite bonne année, et la fréquence redevient calme.
Quelques minutes plus tard, les occupants du 152 s'inquiètent de
la météo à Bishop. Parce que la couche, en dessous,
c'est bien beau, mais si le terrain de Bishop n'est pas dégagé
et ne peut servir de dégagement, justement, vu notre automnomie,
on devra faire demi-tour. Oui, mais impossible d'attraper la météo
de Bishop. Et voilà que la voix à l'accent québécois
retentit à nouveau sur la fréquence :
- De quelle météo vous avez besoin ?
- Bishop
- Bishop ? Ok, ne bougez pas
Deux minutes plus tard :
- Vous êtes prêts à noter ?
Et voilà notre pilote de ligne qui nous donne la météo
de Bishop. Haut perché comme il l'est, il a pu la capter, l'a noté
pour nous, et nous la redonne, tout simplement.
- Merci beaucoup monsieur !
Ce moment là, ce fut une des séquences émotion du
séjour. A ce moment là, dans les petits Cessna, on n'était
pas peu contents, et aussi un peu émus, et fiers de faire partie
de cette grande famille des pilotes, où ceux qui mènent
un 767 à 500 noeuds au niveau 370 sont à l'écoute
d'123.45, et prennent la peine de prendre une météo pour
la transmettre à ceux qui pilotent leur 152 à 105 noeuds
(avec du vent dans le derrière) au niveau 120...
C'était il y a près de quatre ans, mais la voix du "grand
frère" qui, 8 kilomètres plus haut, nous a donné
un coup de main avec tant de gentillesse, en fermant les yeux, on l'entend
encore. "
* * *
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